Le rendez-vous était enfin fixé. 17h45, dans le château à l'intérieur du parc, porte de gauche dans le hall, au premier étage, à côté du cabinet du maire, quelqu'un viendrait me chercher.

Se dire qu'il faut se préparer. Oui, mais à quoi?
Je sais les raisons de ma présence, je sais ce que je viens y chercher. Que peuvent ils attendre de moi en retour?

Laisser couler la journée comme un mercredi habituel, choisir une tenue ni conventionnelle ni excentrique... Ce sera finalement une robe de fillette gris perle et une veste de tailleur bleu finement rayée de gris.

Qu'est ce que je dois leur dire?

17h00 je suis juste prête, un bisou chacun," je vous aime les châtons", "love you mi love",, je saute dans la voiture, Jules referme la grille. Tout commence maintenant.
Je ne suis plus la maman, je ne suis plus la femme. Je suis urbaniste et j'ai soif de projets.

Je pense à beaucoup de personnes sur le trajet. A Suzanne et ses techniques de danse pour me m'être en avant, à Philippe et nos discussions pour me faire voir tout ce dont je suis capable, à MHM et à toute la confiance professionnelle qu'elle m'a aidée à acquérir, et à tant d'autres qui m'ont faite, moi.

Certains et certaines me regardent au feu rouge, d'autres m'observent passer dans le parc, c'est bon, je suis prête. Tout le monde le voit, je dégage ce truc, cette certitude, cette lumière de la fille qui sait où elle va et comment, celle qui maîtrise. Au moins pour l'instant.

"Madame?"
"Merci, je suis prête."
Ils sont là tous les deux, les chefs des ressources humaines, pour m'écouter. Ils n'ont pas de poste pour moi, je le sais. Peu importe. Ils doivent savoir qui je suis et ce que je sais faire.

Ce soir ils le savent. Ils rédigent un courrier de recommandation pour faire entrer mon cv dans une cvthèque où il est bon de figurer, ils organisent une rencontre avec la directrice du service, ils me guident dans ce milieu où je n'ai pas mes entrées.